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04/08/2013

Sentimental bourreau...

Pour mes amis de Boé si Boé la, voici une histoire autrefois écrite en trois chapitres désormais rassemblés pour plus de cohérence. Quelques corrections ont été apportées. Toute ressemblance avec des personnages que vous avez peut-être fréquentés n'est nullement dûe au hasard...


Cette année-là, Riton, le chef, avait décidé d’inscrire au programme du concert de Boé si Boé la, une chanson de Boby Lapointe, " sentimental bourreau ". Je sais; elle n’est pas facile cette chanson mais cette troupe a un grand talent reconnu au-delà de notre vaste plaine jusque dans les verts coteaux gascons.
  Tchita faisait partie de l’élite. En plus, elle était jolie,Tchita.
Elle a des yeux .Ah les beaux yeux!
Si noirs qu’ils en sont lumineux...
  ( chantait Boby Lapointe)

guillotine.jpgBébert était amoureux de Tchita et il faisait tout pour la séduire. C’était un ténor contrarié: il essayait de barytonner car ça fait plus mâle, plus macho, mais il "descendait" avec difficulté jusqu’au sol ( la note bien sûr), et encore... ! A chaque pause, il extrayait d’une poche de sa veste son harmonica diatonique en mi, s’isolait dans un coin de la scène et il jouait étoile des neiges, la valse brune... en lorgnant Tchita avec des yeux de chèvre morte ( c’est une expression que j’ai parfois entendue quand j'encadrais des colonies de vacances dans les Pyrénées et que j’utilise de façon hasardeuse car, de chèvre morte, je n’en ai jamais vue). Elle, faisait comme s’il n’existait pas et discutait avec les unes et les autres jusqu’à ce que le chef ordonnât la reprise de la répétition.
Tchita avait un penchant pour Jack; celà se voyait à sa façon de le regarder quand il faisait la seconde voix de basse sur le De Profondis Scorpionibus. Il n’avait aucun mal pour descendre jusqu’au mi, Jack. Il était grand, la moustache conquérante, le genre de gars qui trouble un peu la sérénité des chorales paroissiales à majorité féminine.
Heureusement, le chef avait de l’autorité. Il avait été instit du temps du certif, alors...

Sentimental bourreau était chanté en deuxième partie. On peut dire qu’il s’agissait d’un des moments forts du spectacle. Les chanteuses portaient une tenue de bourreau fort seyante, avec une cagoule confectionnée dans un tissu marron acheté par le trésorier. Elles l’avaient découpé avec précision afin que la bouche et les yeux fussent juste en face des trous adéquats et vice versa: il était toutefois prudent de ne pas bouger la tête trop brutalement afin d’éviter des désagréments lors des déplacements notamment.
La chanson avait fort bien débuté; elle se déroulait sur un rythme enlevé et bien soutenu par la guitare du chef quand, en plein milieu, au moment où on chante « aïe, aïe, aïe... », vous savez, une chanteuse chancela et s’effondra sur la scène. Les spectateurs, imaginant que la chanson était terminée, s’étaient levés et applaudissaient avec enthousiasme pendant qu’on transportait Monica, c’est ainsi que s’appelait notre interprète défaillante ( je n'avais aucune raison de la présenter jusqu'à cet instant précis), dans les coulisses. On imagina un évanouissement occasionné par la cagoule. Hélas, malgré un bouche à bouche prolongé pratiqué par le chef qui possédait depuis son passage à l'Ecole Normale d'Auch son diplôme de brancardier-secouriste, on dut constater l’évidence: Monica était morte!
Le présentateur du spectacle, Christobal, s’avança devant le rideau et, la gorge nouée par l’émotion, réussit à articuler:
- Mesdames et messieurs, veuillez excuser cette interruption indépendante de notre volonté...
Et dans un sanglot:
- Le spectacle continue!
Toute la troupe ( sauf Monica évidemment) revint alors pour interpréter avec beaucoup d’émotion la dernière chanson du programme: de profondis scorpionibus.

Bien entendu, on ordonna une enquête. Celle-ci fut bâclée en une petite semaine: on considéra que Monica avait été étouffée par sa cagoule sans doute trop serrée. Affaire classée.
medium_commissaire_Magret.3.jpgLe chef, Riton, d’origine gasconne, connaissait bien le commissaire Magret avec qui il avait été pensionnaire au Cours Complémentaire de Fleurance. Ils se rencontraient souvent et cultivaient leur amitié par la fréquentation de restaurants gersois que je vous recommanderai à l’occasion.
Riton raconta à son ami Mag Do ( le commissaire s'appelle Magret Dominique!) le malheur qui avait endeuillé le dernier spectacle de Boé si Boé la. Il lui montra quelques photos qu’il trimballait, depuis, dans sa sacoche. L’une d’elles attira l’attention de Magret.
-
Toutes les cagoules avaient été taillées dans le même tissu?
- Evidemment... Pourquoi cette question?
- Une d’elle est plus foncée que les autres. Est-ce Monica, la chanteuse défunte qui se trouve au milieu de la photo?
- Euh... Oui.

medium_petit_bourreau_3.2.jpg
On retrouva la cagoule parmi les accessoires. Magret fit effectuer des analyses: on détecta des traces d‘un produit extrêmement toxique dont j‘ai complètement oublié le nom!
- Putaing, dit le commissaire! Ta Monica a sûrement été assassinée! Je demande qu’on ouvre de nouveau ce dossier et que l’enquête me soit confiée.
Ce ne fut pas long. Après avoir interrogé les uns et les autres, ce fut pour lui un jeu d’enfant que de découvrir la vérité.
Il interrogea Bébert...qui avoua: pendant l’entracte, il acheta une bouteille de coca; il y rajouta un produit dont j’ai toujours complètement oublié le nom assez compliqué et renversa la mixture sur la cagoule croyant que c’était celle de Tchita. Il ne supportait plus d’être éconduit par la belle.
"
Que de folies, parfois, l’amour nous fait commettre...
Nous sommes savez-vous de bien fragiles êtres"
(moi)

.....................................................................................................................
Voilà pourquoi, si vous longez les murs de la prison d‘Agen, une nuit de pleine lune, quand souffle le vent d'autan qui nous arrive du sud, quand se sont estompés les rumeurs de la ville et les chants d'oiseaux dans les jardins publics, vous pouvez entendre depuis quelques mois les notes frêles et mélancoliques d’un harmonica en mi.

Commentaires

Bonjour,
Quelle histoire ! étant cachée sous une des cagoules, je ne me suis quasiment rendue compte de rien, c'est dire le professionnalisme du chef et la discrétion des divers protagonistes. Il est toutefois rassurant de voir que toute la lumière a été faite sur cette affaire. Depuis, les spectacles se suivent tels que prévus (ou presque). Je tenterai dès mercredi d'exporter nos spectacles outre-Atlantique. Je vous tiendrai au courant. A bientôt Carole

Écrit par : Carole | 04/08/2013

tu l'a échappé belle...
bon voyage

Écrit par : henri | 05/08/2013

oh là là quelle histoire !! bien avancé maintenant ... prison à vie ??
Bisous berle journée

Écrit par : La Berrichonne | 05/08/2013

on a retenu des circonstances atténuantes...quelques années "à l'ombre" ( ce qui n'est pas forcément désagréable ces jours-ci) et il pourra reprendre, avec son harmonica, sa vie de comédien...
bises

Écrit par : henri | 05/08/2013

Ach, Monica (harmonica, si tu vois...) a été assassinée ! comme dirait l'inspecteur Derrick...
Pas mal, les deux petits vers de ta composition et c'est "ben vrai"...
Bonne fin de journée, amicalement,
Bises à Roro dont j'ai oublié que c'était l'anniversaire, dernièrement !
Gérard.

Écrit par : CHAP | 05/08/2013

Oh quelle histoire...à frémir de peur...Je me demande si elle est vraie ou imaginée par le gastcon , Riton...et puis j'ai cherché en vain l'enregistrement de l'harmonica....

Et je vais être obligée de longer les murs d'Agen, il faut la pleine lune...et j'entendrai, s'il n'y a pas trop de vent, les notes délicieuses de l'harmonica...Do ré mi sol la si ...

Bises et à Roro

Hélène

Écrit par : hélène | 06/08/2013

Une histoire digne d'Agatha Christie. Pauvre Monica tuée par les vapeurs du Coca-Cola respirées à pleins poumons. Je savais cette boisson nuisible en l'ingérant, mais pas en inhalation.

J'espère que tu ne seras pas poursuivi pour avoir livré ce secret à la cantonade. Depuis peu, avec Wikileaks et Snowden, mieux vaut faire profil bas quand il s'agit d'informations confidentielles USA.

Garde toi

Christian

Écrit par : Christian | 21/08/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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