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25/09/2016

ce 25 septembre...

"Comme je m’y suis engagé, si le peuple français m'accorde sa confiance, je m'engage à reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des Harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil des familles transférées dans des camps en France." ( François Hollande pendant la campagne présidentielle)

Voilà qui est fait, aujourd'hui 25 septembre 2016. Ouf!

avec Boussouf ZZ.jpgMais, qu'est devenu mon vieux copain Boussouf, harki à Nouader, village chaoui perdu dans les Aurès? Je l'ai quitté pour retourner en "métropole" en mars 1962 après deux longues années passées dans ces montagnes arides. A-t-il réussi à rejoindre* la France échappant ainsi au massacre qui suivit le départ de nos troupes? A-t-il séjourné dans un de ces camps d'accueil dont on peut déplorer les conditions d'hébergement ( lire ce qui suit, si vous avez un peu de temps) ?

* Rappel: 20000 harkis ont réussi à rejoindre la France après le cessez-le-feu. 38000 sont restés dans leur pays...abandonnés par les responsables politiques de l'époque.

 " ...L’organisation de la vie familiale s'est heurtée à d’importantes contraintes matérielles : promiscuité du fait de l'occupation des tentes par plusieurs familles ou de la superficie insuffisante des logements attribués, insalubrité, WC extérieurs collectifs dépourvus d'eau courante, douches collectives peu accessibles, manque de couchage mais aussi de chaises pour toute la famille. Et surtout, certaines familles souffrent de déséquilibres alimentaires.

Les témoignages concernant le camp de Bias ( dans le Lot-et-Garonne) décrivent une situation très dégradée. L'ancien délégué interministériel aux rapatriés, Guy Forzy, souligne, plus généralement, que les camps d’accueil « sont des camps militaires très sévères avec un couvre-feu à 22 heures. Les enfants ne sont pas scolarisés dans les écoles du village ».

Chaque camp d’accueil fonctionne de manière autonome, en autarcie, avec son règlement propre édicté par le directeur du camp. C’est ainsi que le règlement intérieur du camp de Bias impose aux familles la levée des couleurs et le couvre-feu à 18 heures (ou 22 heures selon les sources). La note de service du directeur du camp, donne un aperçu d’une situation qui reste exceptionnelle. L’administration contrôle également le courrier et les colis qui sont ouverts. L’usage des douches est aussi réglementé, limitées à une fois par semaine et facturées 0,08 €.

Au niveau social, les familles bénéficient de prestations sociales mais elles ne les touchent pas : en fait, le ministère des Rapatriés les réaffecte au financement de dépenses de fonctionnement des camps. Ainsi les allocations familiales « étaient versées sur un compte spécial du service social nord-africain qui servit à financer les lieux de relégation ». La gestion des fonds est parfois opaque.

Ces conditions de vie misérables et oppressantes ont des conséquences sur l’état physique et moral des personnes : beaucoup, dont des enfants, deviennent dépressifs. C’est ainsi que certains, adultes et enfants, se retrouvent internés en hôpital psychiatrique. Souhaitant intégrer au mieux les familles de harkis, les animatrices de promotion sociale, affectées dans les camps, choisissent parfois des prénoms français pour les nouveau-nés. Certains directeurs de camps imposent également un prénom français aux enfants et si leurs parents refusent, ces derniers risquent des mesures de rétorsions...

Aujourd'hui, le copain Boussouf, s'il était encore vivant ( ce dont je doute!), serait peut être satisfait!

 

 

 

 

19/03/2013

aujourd'hui, 19 mars...

 

avec Boussouf ZZ.jpg

Boussouf et le caporal Bartheloche.

Aujourd'hui, 19 mars...une date anniversaire qui m'oblige à écrire cette courte note. Anniversaire de quoi? Je fus très précisément libéré de mes obligations militaires un certain 19 mars 1962 après deux années passées dans les Aurès. Anniversaire de quoi, encore? Du cessez-le-feu, tiens! Il était grand temps. Plus tôt eut été mieux... 

J'ai fréquenté des harkis notamment mon copain Boussouf, je devine le sort qui lui a été réservé après mon départ et je déplore qu'on l'ait abandonné de la sorte. Je sais aussi qu'une majorité de pieds-noirs étaient de braves gens. Mais je sais aussi que de trop nombreux bidasses ont laissé leur peau, là-bas. D'autres, comme moi, ont été profondément et durablement marqués, traumatisés...Alors, Madame du FN, s'il vous plaît, je vous en prie, comme le disait à peu près Desproges: un peu de retenue, ne mélangez pas tout!


02/12/2012

la tour...

zz.jpgQue voit-il le chasseur Bartheloche depuis la tour de guet dominant le village, que voit-il pendant son tour de garde de deux heures? Pas grand chose. D'un côté des montagnes arides, des femmes portant leur lourde charge de bois, quelque jeune berger et ses deux ou trois chèvres, un fellah et son âne se dirigeant vers l'oued, de l'autre, les toits en terrasse du village... Même un soir de harcellement, il n'est pas fichu de vue sur la tour 2zz.jpgrepérer d'où viennent les coups de feu. Il entend, c'est tout. Il n'en mène pas large car ça ricoche tout autour de lui. Pas longtemps heureusement. Pas souvent non plus. Le rebelle veut manifester de temps en temps sa présence, c'est tout. Le soldat Bartheloche fait comme les copains: il se planque et attend que ça se calme. Tirer sur les rochers, à l'aveuglette, il pourrait. Il devrait??? Pour récolter quoi, une balle dans le bras comme le chef qui s'est cru obligé d'arroser la montagne avec son FM? Pour obtenir une médaille?

Mais alors, que fait-il là le chasseur Bartheloche?...

Il se constitue mine de rien pendant son séjour de deux ans là-bas une petite pension d'ancien combattant qu'il touchera à partir de 65 balais, s'il est toujours en vie. Et il ne le sait même pas. Et, s'il l'avait su, son comportement aurait-il été différent, aurait-il été plus combatif? Je le connais le soldat Bartheloche et j'ai la réponse...

11/11/2012

Verdun...

 

Numériser0001zz.jpg

Je ne sais pas comment "on" a pu prendre cette photo! Je  vise quoi, au juste?


" Ce n'était pas Verdun tout de même! Tu peux raconter, non?"

Bien sûr, je peux raconter. Cinquante après, pourquoi pas. Ce 11 novembre, je vais faire un effort, un très gros effort, puisque tu insistes. Pour une fois, quittons le petit village, son école, ses enfants... D'ailleurs, j'ai déjà suffisamment écrit sur ce thème.

Bon...je te raconte. Pardonne- moi si j'adopte un style lapidaire qui me semble convenir à ce genre de récit!

Avant d'être instit, là-bas,  dans ces montagnes, je crapahutai pendant quelques longs mois au sein d'une compagnie de chasseurs à pieds. Cette nuit-là, comme cela arrivait trop souvent, réveil vers deux ou trois heures du matin. Petit deuj'sur le pouce et départ en opération. Sac à dos, le fusil mitrailleur en bandoulière, on crapahute à la queue leu-leu, sans bruit, sur un sentier pierreux... Surtout, ne pas perdre le contact, ne pas trébucher... On y voit que dalle. Deux, trois heures de marche. Stop. Ouf. On est crevés! On se planque derrière les rochers face à un large oued. En bas, devant nous, on devine un village D'ailleurs, le jour se lève. On entend quelques cocoricos, une âne brait, un peu de fumée s'échappe ici et là des toits en terrasse. La vie reprend. Deux jeunes hommes, fusil de chasse en bandoulière, sortent du village d'un pas vif dans notre direction. Feu! Je n'ai pas eu le temps de tirer, je vous jure. Ils sont allongés sur le sentier, ne bougent pas, certainement morts. Un groupe de chasseurs reçoit l'ordre de vérifier, de récupérer les fusils. Un autre rentre dans le village pour fouiller les maisons...Je t'épargne les détails. Bref, mission accomplie.

Tu as raison...ce n'était pas Verdun, tout de même!


23/10/2012

caravane...

 

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podcast

L'enregistrement de notre récente interprétation de cette célèbre composition de Ducke Ellington est, à mon avis, convenable, sans plus. Mais le public fut semble-t-il, encore une fois, satisfait. Beaucoup d'amis viennent à nos spectacles, ceci expliquant celà!

Entre Constantine et Batna, depuis le petit train poussif qui nous transportait vers les montagnes des Aurès, nous avons certainement aperçu une caravane. Je n'en suis pas certain. Il y a cinquante ans! Cette diapositive que j'ai retrouvée et qui illustre ma note montre toutefois la présence d'un troupeau de ...dromadaires ( je ne distingue qu'un bosse, ici et là). Imaginez l'étonnement du bidasse dépaysé. Il était loin désormais des coteaux gascons, des vertes prairies où paît la blonde d'aquitaine ! Plus au sud, il découvrira des montagnes arides dont il ne soupçonnait même pas l'existence car à Tours où il a accompli ses classes pendant quatre mois, on a "oublié" de l'informer de sa prochaine destination. Même pas une carte postale à nous montrer. Cachotiers, va...! Mais ceci  est une autre histoire, plus ou moins racontée déjà.

Voilà ce que m'inspire cette chanson...C'est peu. En cherchant pas longtemps, j'aurais sûrement découvert quelque caravane accompagnée de chiens qui aboient. Trop facile. L'actualité, tenez...Non, restons-en là.

Terminus. Tout le monde descend...hourra!

 

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23/07/2012

dans la classe...

école nouader.jpg

Donc, je fus caporal...malgré tout! Celà me dispensa sans doute, pendant quelques mois, de monter la garde dans la tour. Mais je n'en suis même pas certain! Voici donc un instit, déguisé en caporal, qui fait sa leçon de lecture. Il a recopié le texte au tableau: en ce temps-là, il écrivait bien, l'instit, comme on le lui avait appris quand il était à l'école normale d'Auch. Même les lettres qu'il adressait à ses parents, amis...petite amie, étaient parfaitement lisibles.

Donc ( je résume la lecture car elle est peu visible sur cette diapo) la dent de Chérifa bouge et va tomber. Heureusement, sans douleur. Tant mieux car, dans ce village perdu dans les montagnes, on ne fréquente guère le dentiste! Ni le médecin...ni la sage femme! On accouche, tout simplement...dans le village, dans l'oued parfois, dans la montagne même, au cours d'une corvée de bois. C'est arrivé, paraît-il.

l'instit.JPGDans la classe, anciennement salle de prières, une vingtaine d'élèves, surtout des garçons, élèves souvent studieux, toujours polis, respectueux, relativement assidus. Je ne me rappelle pas avoir tenu un registre des présences. Les punitions? Je ne crois pas en avoir infligé. "Je ne me rappelle pas"..."je ne crois pas"..." sans doute"... C'était autrefois, il y a un demi siècle! Ces vieilles diapos, tout de même, heureusement que j'ai réussi à les rafraîchir un peu. Tout comme mes souvenirs. Des bribes de souvenirs certes mais qui sont des témoignages sincères. 


12/07/2012

Oubli...? Non-dit...?

à l' entrée de la cuisine+ bis.jpgCinquante ans écoulés...

Dis-moi, papa, pourquoi ce silence prolongé sur ton service militaire, "là-bas", comme tu dis? 

Ma fille m'interroge, récemment, au moment du dessert clôturant un repas anniversaire. C'est vrai; je n'ai pas été très bavard, comme beaucoup. Elle a tout de même raison d'oser me poser, pour la première fois, si longtemps après, cette question . Je dis bien "oser me poser" car elle aurait pu imaginer, pourquoi pas, que ma conduite, là-bas, avait été, parfois, ... indigne. Celà expliquerait mon mutisme prolongé. Mais je suis certain qu'elle n'a jamais eu d'inquiétude à ce sujet même si certains témoignages récents ont fait état, de la part d'appelés, d'un certain nombre d'exactions non avouables par leurs auteurs... J'ai été, certes, quelquefois, un témoin passif d'actes pas trop graves dans le contexte, de quelques brutalités gratuites, insultes, de quelques larcins dans les maisons au cours de "ratissages"... Jamais de viols, de tortures, d'exécutions sommaires de prisonniers dites 'corvées de bois"... Me croit qui veut, évidemment.

Deux ans, là-bas, pour moi et pour d'autres, celà n'avait pas de sens. Un vrai gachis. Oublier, reconstruire sa vie, voilà à quoi je me suis consacré tant bien que mal à mon retour. Seuls, longtemps après, des diapos m'ont incité à raconter mes quelques mois dans ce village haut perché, des bribes de souvenirs...

Mais je ne raconterai pas le commando de chasseurs, les embuscades, les opérations, les ratissages... je ne raconterai pas la guerre que certains appelaient pudiquement "maintien de l'ordre" ou "pacification". Mon expérience d'instit pendant plus d'un an au service des jeunes chaouis fut plus originale, plus intéressante, me semble-t-il. Je resterai donc sur ce sujet.

Ma photo: encore trop jeune pour comprendre...



04/07/2012

frères et soeur...

frère et soeur 2.jpg

pain...chocolat... gateau....JPGCeux-là, frères et soeur, ne fréquentent pas l'école. Trop jeunes... Enfants de harki, nous avons régulièrement leur visite au poste, visite intéressée qui leur permet de s'approvisionner en pain, mais aussi en chocolat ou biscuits expédiés de la "métropole" par nos familles... Sur la première photo, ils tentent de se protéger de la poussière portée par le vent. Car nous sommes dans une région de poussière, de rochers, de maigres buissons... à perte de vue. Ils ont l'habitude, ces petits chaouis, allez-vous penser, de vivre dans ce paysage aride, hostile. De toute façon, ils n'ont pas le choix. Ils n'avaient pas le choix... Ils ont aussi l'habitude, ces enfants, de leur crasse sur les mains, les pieds, de leur morve sous le nez, des mouches, l'été, sur leur visage. L'eau, ici, dans ce village haut perché, est un luxe, savez-vous. Il faut la chercher tout en-bas, dans l'oued. Alors, d'accord, ils sont sales. Mais, leur sourire... avez-vous remarqué leur sourire?

19/06/2012

l'âne

l'enfant et l'âne.JPGL'âne était omniprésent dans le village. Animal indispensable, il remontait de l'oued l'eau, le fourrage, les céréales qu'on battait le plus souvent sur les toits en terrasses, les diverses récoltes...les fellahs aussi évidemment, fatigués le soir d'avoir cultivé leur lopin de terre toute le journée. Lourdement chargé, on le croisait avec difficulté dans la rue unique dont il occupait toute la largeur. Le plus souvent, on lui cédait le passage.

Une nuit, un copain, de garde dans la tour, aperçût une ombre dans les barbelés en contrebas. Il s'affola, tira. Branle-bas de combat! Tout le poste en alerte...Dans les barbelés, rien ne bougeait. On attendit puis, chacun rejoignit son lit. Ai-je rêvé  qu'un âne égaré avait été la victime innocente du copain? Je l'ai cru jusqu'à ce que, ce jour-même, une communication téléphonique avec Jean-Pierre me fasse douter. Il ne se souvient pas. Pourtant, il a une mémoire phénoménale pour son âge. Peut-être celà s'est-il passé avant son arrivée? Finalement, je préfèrerais que le copain ait tiré sur une ombre. La frousse. Je l'ai eue souvent moi aussi, la frousse, pendant mon tour de garde. Deux heures, c'est très long. La nuit, on voit des choses, on entend des bruits...tout autour, dans le village, dans l'oued. Vivement le petit matin!

Mon tour de garde:

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14/06/2012

Un blessé...

J'ai donc téléphoné à Jean-Pierre afin qu'il me raconte, une nouvelle fois, combien il l'avait échappé belle pendant son séjour là-bas. Je vais résumer ( qu'il me pardonne si j'oublie quelques détails)...

Peu de jours après son arrivée, les harkis de la Compagnie tombèrent dans une embuscade. Beaucoup furent tués. Le commando de chasseurs à pieds auquel appartenait Jean-Pierre ( commando qui m'accueillit plus tard) fut envoyé dans le djebel pourchasser les "rebelles". Hélas, le commando était attendu et se fit harceler. Jean-Pierre reçut une balle dans le dos à hauteur des reins. Impossible d'envisager, sur les lieux du combat, un héliportage. Trop dangereux. Il fallut décrocher. Jean-Pierre fut porté tant bien que mal par les copains car il ne pouvait marcher. Pas de brancard, on le traîna. Il saignait beaucoup. Curieusement, il ne souffrait pas. On le croyait fichu, m'a-t-il dit. Celà se chuchotait autour de lui.

Finalement, un hélicoptère le transporta à l'hôpital de Batna. On l'endormit. Au réveil, il apprit que la balle n'avait fait que passer sans rien toucher de vital. Ouf! Quatre cinq jours d'observation puis transfert à Constantine pour du repos. Une grosse semaine plus tard, on le pria de rejoindre sa compagnie. Par le train ( un tortillard que j'ai moi-même connu!), sans argent, vêtu d'un treillis généreusement prêté. De retour là-bas, son capitaine, un brave type, décida de l'expédier en France ( pardon, en métropole) pour quinze jours de perm'. Jean-Pierre ne refusa pas et trouva même une astuce pour prolonger ses vacances. Quel tire au flanc! Il en profita pour faire un bébé à sa fiancée! Plus tard, il lui en fit trois autres! Quatre filles donc, au total, qui connaissent, je crois, les exploits guerriers de leur valeureux père.

Cette photo a été prise plus tard, quand il était devenu cuisinier et moi instit, là-haut dans le village. C'est le second à partir de la droite ( un beau jeune homme, non?). Je suis derrière la lampe à gaz.

 

soirée belote  ZZ.jpg



13/06/2012

une augmentation

Je sais que certains vont encore râler. Il faut pourtant que j'avoue percevoir désormais une pension semestrielle d'ancien combattant dépassant les trois cents euros. Mon TPG a d'ailleurs effectué le versement car mon compte bancaire a été approvisionné. Mon banquier vient de m'en informer ce jour. Depuis mon soixante cinquième anniversaire, l'état m'a généreusement versé plus de quatre mille euros, à peu près. Oui, déjà...Et ça n'est pas fini! Vous pouvez donc calculer appoximativement mon âge, si vous êtes curieux. Mais celà n'est pas nécessaire.

duo à nouader.jpgComment est calculée cette pension? Je ne sais pas du tout. Je vais demander au copain Jean-Pierre avec qui j'ai cohabité pendant plus d'un an, là-bas. Il était préposé à la cuisine et, pour un ébéniste, il se débrouillait fort honorablement. Ses prestations musicales, par contre, laissaient à désirer. Je lui avais appris où placer ses doigts pour quelques accords simples tels le ré majeur, le la mineur, le mi... bref, comme Bobby Lapointe, il ne jouait que de la guitare sommaire. Son accompagnement sur "Petite fleur" me permettait des improvisations originales qu'auraient certainement appréciées les adeptes inconditionnels du free-jazz. Hélas, il sifflait aussi beaucoup, enchaînant sans transition un couplet d'Etoile des neiges, le refain de Bambino, le couplet de Si tu vas à Rio...et tout à l'avenant. Il continue encore aujourd'hui, surtout quand il conduit et qu'il est énervé pour une raison ou pour une autre. Son répertoire n'a pas changé. Bon, je vais lui téléphoner...

Jean-Pierre a été blessé, là-bas. Je vous raconterai plus tard, avec son autorisation évidemment.

23/05/2012

les enfants

nouader 4.jpg

Une photo (plus précisément une diapo) prise par mon regretté kodak-rétinette...un excellent appareil tout de même!

Nous sommes dans la salle de classe. Par la fenêtre, on aperçoit les massifs arides où ne poussent que des buissons, quelques arbustes rachitiques ici et là, sans doute des chênes verts. C'est dans ces montagnes que les femmes vont chercher leur énorme chargement de bois mort qu'elles rapportent le soir au village, éreintées. C'est aussi ce djebel que le chasseur à pieds Bartheloche parcourut pendant quelques mois à la recherche du fellagha...Mais ceci est une autre histoire.

au pied de la tour... bis.JPG

J'ai promis à Nabila, petite fille de harki, quelques photos du village et des enfants. Le plus souvent, ils ont le sourire, un beau sourire nullement affecté ou contraint semble-t-il. En arrière-plan, le même paysage... J'ai déjà dit que j'avais oublié les noms de la plupart de mes élèves. Pas les visages. Vous allez imaginer que j'ai aussi oublié les noms du village, du djebel...Tout de même pas! Si je ne les mentionne pas, c'est volontairement, par souci de tranquillité. Vous m'avez compris.

Un autre sourire, voulez-vous ( nous sommes dans la rue):

 

joli sourire nb.jpg



08/05/2012

des enfants

devant l'école.jpg

Aujourd'hui, nous célébrons le 8 mai 45...

Je suis, moi aussi, un ancien combattant, reconnu comme tel puisque je reçois, chaque semestre, une pension. Quelques mois de commando dans les chasseurs à pieds avant de me retrouver, ouf, dans ce village haut perché afin de remplacer l'instit libéré de ses obligations militaires... une aubaine! De la première période, je ne raconterai rien: d'autres ont déjà témoigné (ils y ont mis le temps certes) et je n'ai rien à rajouter car j'ai vécu les évènements globalement comme eux. De toute façon, je n'en ai pas envie... n'insiste pas Sylvie ( Sylvie est ma fille). Quelques bribes peut-être au détour d'une phrase, dans une parenthèse, si nécessaire.

Nous restons donc, aujourd'hui encore, dans ce village perdu dans des massifs arides, austères, à priori inhospitaliers, forcément hostiles au petit gars du contingent avec ses étés chauds, secs, ses hivers rudes. Rien à voir avec la Gascogne!

Ma photo a certainement été prise avant de rentrer en classe. Certains enfants révisent semble-t-il leur leçon ce qui prouverait leur désir d'apprendre, malgré tout. Car ils n'ont aucune obligation vis à vis de  l'école. Ils  viennent, ils ne viennent pas. Ils doivent aider le père, la mère. Ils ne porteront pas au maître un mot d'excuses! Le registre des présences n'existe pas. Et pourtant ils sont assidus, dans toute la mesure du possible. C'est certainement compliqué de suivre un programme dans ces conditions. Je ne sais plus quelle était ma méthode! Je pratiquais sans doute le rattrapage en continu, le soutien individuel... Bref, je devais m'adapter.

des élèves.jpg

 

Les filles, elles, ne venaient qu'occasionnellement sauf cas particuliers. Aider leur mère aux divers travaux domestiques, s'occuper de leurs jeunes frères ou soeurs...ne leur permettaient pas une fréquentation régulière de l'école. Ces trois jouent aux osselets, c'est certain, je me rappelle parfaitement. Les cailloux ne font pas défaut!

fatima nb.jpg

Lisa, c'est bien Lisa, fille de harki, partage son temps entre l'école et ses petits frères et soeurs. Elle nous rend souvent visite au poste pour récupérer du pain qu'elle préfère, c'est certain, à la galette familiale un peu...coriace, surtout si elle a passé une grande partie de la journée dans la poche, grignotée de temps en temps selon la faim du moment. Du matin au soir, elle promène le petit frère ou la  petite soeur sur son dos. Beaucoup d'enfants ne portent pas de chaussures. J'avais négocié la douche plus ou moins hebdomadaire à la compagnie, en bas, dans l'oued. J'accompagnais les enfants, évidemment. Les filles venaient rarement. Pudeur. Cette expérience n'a pas duré longtemps, je crois. Trop risqué pour moi, peut-être?


28/04/2012

le village...suite

dans la rue principale.JPG
Nous sommes dans la rue, au milieu du village, devant l'épicerie. Une rue, une épicerie. Celle-ci n'est pas ouverte en continu. Elle répond aux besoins élémentaires de la population, propose les produits de première nécessité. Une fois par semaine, je crois, on peut y acheter de la viande. Du chevreau sans doute. Un luxe. On devine la bête pendue à l'entrée, à gauche du magasin. Je reconnais, devant l'ouverture, le plus grand de mes élèves parmi les plus assidus. Son nom...?
Un fellah tenant une pioche remonte de l'oued profond dans lequel nous ne nous aventurons jamais. Il doit y cultiver un petit lopin de terre.
J'ai pris peu de photos de ce genre. Par discrétion sans doute.
La photo ci-dessous montre l'entrée basse de la rue: l'oued se trouve derrière nous. Pour rejoindre notre poste ( il se trouve tout en haut, caché par les maisons) c'était une sacrée grimpette! Nous avions vingt ans...
entrée de la rue.jpg
Tiens, le voici le fameux oued, caché par les dernières terrasses! Pas engageant du tout. Il paraît que le fellagah empruntait parfois, la nuit, ce passage profond et étroit pour entrer dans le village.. Il paraît...
vers l' oued zz.jpg



26/04/2012

dans le village

enfants sur une terrasse.JPG
Je pourrais tricher, vous dire que le gamin de droite se nomme Ahmed, celui de gauche Rachid... J'avoue: j'ai oublié. Je sais que Ahmed ou Rachid ou Ali... fréquentaient l'école mais je ne les distingue pas sur mes diapos. Les visages de ces enfants me sont tout de même familiers malgré le temps passé. Cinquante ans. La plupart étaient sans doute fils de harkis. Aujourd'hui, ils ont la soixantaine! Ils pourraient avoir la soixantaine... Certains apprenaient avec facilité les matières que j'enseignais: lecture, écriture, calcul essentiellement. Nous dessinions je suppose. Connaissant mal l'histoire de leur pays ( j'ose dire leur pays) je ne pouvais aborder ce sujet. Je le regrette aujourd'hui.
retour du village 1.JPGJ'organisais, composais mes cours comme je l'entendais. Je ne subissais aucun contrôle. De qui, d'ailleurs? Le matériel scolaire faisait défaut: quelques cahiers de récupération, des crayons, des livres de lecture et puis, quoi encore? J'enseignais du mieux que je pouvais, je crois, considérant ces enfants comme des élèves à part entière, mes élèves. Nous avions une confiance réciproque et c'est certainement ce qui m'a permis de circuler pendant plus d'un an dans le village sans être une seule fois inquiété. Je promenais, obligatoirement fixé à mon ceinturon, un révolver que j'aurais certainement été incapable d'utiliser en cas de danger! Le temps de dégainer, d'enlever la sécurité, de repérer la cible... bref, un vrai soldat d'opérette le chasseur à pieds Bartheloche! La photo le montre, l'allure fière (?), revenant au poste après sa journée de classe... je suppose.

 
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